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La loi sur les Bons samaritains

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Avis aux lecteurs : Les surdoses dues au fentanyl et l’accès au naloxone sont un sujet d’actualité qui évolue régulièrement. Pour connaître les pharmacies participantes et les prérequis pour obtenir le naloxone gratuitement, rejoignez Méta-d’âme au 514-528-9000.


Un texte de Mélina Soucy.


Saviez-vous que depuis le 4 mai 2017, vous bénéficiez d’une protection juridique si vous appelez les services d’urgence pour aider une personne en surdose ? En réponse à l’augmentation du nombre de décès causés par les opioïdes comme le fentanyl au Canada, le gouvernement fédéral a mis sur pied la loi sur les Bons samaritains secourant les victimes de surdoses.

Que dit la loi?

Auparavant la loi sur les bons samaritains obligeait seulement les citoyens à aider leurs semblables s’ils se trouvaient dans une situation dangereuse pour leur intégrité physique, et ce, dans la mesure de leurs capacités. Cette loi fait maintenant en sorte que si vous appelez le 911 pour sauver votre ami ou une personne en état de surdosage et que vous avez une possession simple sur vous, la preuve ne peut pas être retenue contre vous. Donc, même si la police vous arrête, elle ne pourra pas vous inculper.

Reflet de Société a contacté le service de police de Montréal (SPVM) en juillet 2017 pour savoir si la loi était appliquée, la réponse reste ambiguë: «Il est prématuré pour le SPVM de répondre à votre question, vu que la Loi sur les bons samaritains est entrée en vigueur récemment», a écrit par courriel le service des relations médias du SPVM.

Cette immunité s’applique aussi si vous êtes en libération conditionnelle ou en probation en lien avec la possession de drogue. La violation de votre ordonnance ne vous est donc pas reprochée si vous êtes dans cette situation.

Comment faire plus?

«Ce qu’on voit aux nouvelles est bel et bien réel, explique Christopher, un pair formateur chez Méta-d’Âme, une association fondée sur l’autohabilitation et l’entraide entre consommateurs d’opioïdes en réintégration dans la société. Y a plein d’overdoses au Canada et c’est à cause du fentanyl principalement. De plus en plus de drogues, comme la phéncyclidine, sont coupées avec du fentanyl, ce qui augmente leurs effets psychotropes. On veut changer ça avec notre formation qui s’adresse à tout le monde, mais principalement aux consommateurs de drogues. Sauf que ce sont des gens difficiles à rejoindre».

Leur formation s’appelle PROFAN pour Prévenir, réduire les overdoses, former et accéder à la naloxone. Elle est offerte depuis maintenant 3 ans par Méta-d’âme. En plus de sensibiliser les consommateurs aux surdoses, PROFAN facilite l’accès à la naloxone, un médicament agissant comme un antidote face aux opioïdes. Ce sont des usagers (consommateurs ou anciens consommateurs d’opioïdes) qui donnent la formation à leurs pairs.

«La plus grande peur des toxicomanes que l’on forme, c’est de se faire arrêter une fois qu’ils ont appelé les secours, renchérit le pair formateur. Dans les piqueries, c’est pas rare qu’ils décident de jeter le gars en overdose sur le trottoir ou dans une benne à ordures. On les informe donc sur la loi sur les Bons samaritains. En plus, depuis que l’on donne la formation, il n’y a pas eu d’arrestation. La police des quartiers comme Hochelaga-Maisonneuve est sensibilisée à cette réalité.»

D’une durée d’environ 4 heures, la formation PROFAN permet aux gens d’identifier les surdoses d’opioïdes, de les prévenir et d’agir en leur présence. Somme toute, les étapes pour sauver une personne dans cet état sont simples. Il faut d’abord appeler le 911, puis injecter la première dose de naloxone, faire le RCR (réanimation cardiorespiratoire) pendant 5 minutes, puis injecter la seconde dose de naloxone comprise dans la trousse de secours fournit à la fin de la formation.

«Le seul problème pour le moment, c’est que les formateurs n’ont pas leur RCR. Ils ne peuvent donc pas l’enseigner. Aussi, il n’y a que 4 pharmacies à Montréal qui offrent le kit d’intervention aux gens formés en ce moment», déplore Christopher.

Chantale Perron, responsable de PROFAN, craint quant à elle que le gouvernement ne renouvelle pas le financement de la formation à la naloxone si elle ne devient pas obligatoire. «Pourtant, il y a un réel besoin que les formations PROFAN continuent d’être offertes en continuité, note Chantale. Nous souhaitons que le gouvernement n’aura pas besoin d’attendre qu’il y a ait une crise d’overdoses aussi grave qu’à Vancouver, et que d’autres personnes meurent avant qu’il ne prenne une décision rapide et éclairée.»

Comment faire?

Pour l’instant la formation donnant accès à la naloxone demeure une initiative de la Direction de la Santé publique de Montréal. Elle ne s’étend pas à toute la province.

Cependant, le ministère de la Santé publique est en train de créer une ordonnance collective provinciale qui rendra la naloxone disponible gratuitement dans toutes les pharmacies au Québec pour les gens qui ont une carte d’assurance maladie. Pour l’accès communautaire, c’est-à-dire pour ceux qui n’ont pas de carte d’assurance maladie, la seule formation disponible est montréalaise.

Pour recevoir la formation PROFAN, il faut faire partie d’un groupe spécifique. «Les personnes éligibles à PROFAN sont celles qui consomment ou ont déjà consommé n’importe quelles sorte de drogue, de n’importe quelle manière, ainsi que leur proches. C’est-à-dire: les conjoints(tes), amis(es) famille, intervenants qui sont des pairs, et des intervenants, bénévoles ou stagiaires», explique Chantale Perron.

L’accès gratuit à la naloxone n’est pas restreint aux gens qui ont reçu une formation pour l’administrer. Elle n’est cependant pas accessible dans toutes les pharmacies pour le moment. Les ambassadeurs de PROFAN suggèrent fortement de suivre la formation pour bien administrer l’antidote en toute sécurité.


Important

La loi sur les bons samaritains: les origines et les mythes- Avant d’être bonifiée par le gouvernement cette année, cette loi obligeait seulement les citoyens à porter secours, au maximum de leurs capacités, à une autre personne dont la vie est en danger. Si vos capacités et connaissances ne vous permettent que d’appeler les secours, vous avez rempli votre devoir de citoyen. Vous n’êtes également pas dans l’obligation de secourir quelqu’un si votre intervention poserait un risque pour votre vie ou celle de personnes environnantes. Certaines personnes s’abstiennent de porter secours à l’autre par peur d’être tenues responsables des dommages que pourraient entraîner leur aide. Pourtant, la loi prévoit qu’un bon samaritain ne peut pas être tenu responsable dans une telle situation. Excepté s’il a intentionnellement voulu nuire à la personne ou qu’elle a été insouciante dans sa conduite.


En complément à Reflet de Société +

Revoyez cet extrait de l’émission Tout le monde en parle avec Marie-Eve Goyer, médecin au Centre de recherche et d’aide aux narcomanes (CRAN), Jessica Turmel du Groupe de recherche et d’intervention psychosociale (GRIP) et Alexandre Paradis, fondateur de l’organisme

 

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