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Le combat d’un père

Delphine Caubet

Enthousiaste de nature, j’aime observer et étudier les événements de nos sociétés. Ce pour quoi mes études de science politique m’ont passionnée. Aujourd’hui, ce sont elles qui me conduisent à vouloir communiquer cet intérêt. J’espère, au travers de mes articles et de mes livres, toucher et intéresser les lecteurs sur des faits d’actualité, soit par la pertinence ou l’incongruité de l’information. Mes domaines de prédilections sont les enjeux sociaux, la politique, la religion et particulièrement lorsqu’ils se mélangent!
Delphine Caubet

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Assis devant la table, l’air un peu mal à l’aise, Jérôme est déterminé à parler. Son histoire est celle d’autres hommes, mais dont le dénouement peut être plus sombre. Même si dénouement il n’y a pas encore.

Jérôme est le père célibataire d’une petite fille qu’il voit régulièrement. Mais pour faire respecter ses droits parentaux, la route a été longue et pénible. Allégations de violence, attouchements, drogues, etc. Il lui aura fallu 3 ans pour obtenir son droit d’accès. Récit d’un père qui s’est battu pour sa fille.

 Début du cauchemar

«J’ai 40 ans. Je n’aurais jamais imaginé que ma vie deviendrait comme ça.» Sa vie, pendant plusieurs années, Jérôme ne l’a plus contrôlée.

Traditionnellement, les mères ont la garde des enfants. Une situation qui peut satisfaire des parents, mais pour d’autres pères, leur enfant est leur encrage, leur stabilité. Et face au refus de la mère, faire respecter ses droits parentaux peut devenir le combat d’une vie. Comme pour Jérôme.

Alors qu’il se sépare de sa conjointe enceinte de 6 mois, Jérôme est bien décidé à s’occuper de son enfant à naître. Seulement la mère ne l’entend pas de cette oreille. La naissance donne le ton, il mettra une semaine avant de voir sa petite.

«Au début je pouvais voir ma fille plusieurs fois par semaine, même si ce n’était que quelques heures. Quand elle a commencé à aller à la garderie, c’était bien, car j’allais la chercher et je pouvais la raccompagner chez sa mère.» Une relative routine s’installe pour le jeune père, jusqu’au jour où mère et enfant déménagent.

Parallèlement, le ton monte entre les conjoints. En quelques années, Jérôme est signalé 5 fois à la DPJ pour toutes sortes d’allégations, y compris des attouchements. Depuis lors, le jeune père a été blanchi.

Atteinte à la vie

Cette lutte judiciaire et juridique pour sa fille a grandement affecté Jérôme. Même si lors de notre rencontre il a l’air en forme, ces années l’ont affaibli. «C’est une histoire à mener au suicide. Je n’aurais jamais pu y arriver sans l’aide de mes proches et de Pères Séparés», explique-t-il.

Jérôme travaille dans une école et de telles allégations auraient pu être dévastatrices pour sa carrière. Heureusement, son entourage n’a jamais perdu confiance en lui. Mais ne bénéficiant pas de l’aide juridique et pas assez riche pour se payer un avocat, le jeune père a fait un choix osé: se représenter lui-même au tribunal.

«Depuis toutes ces années, je me suis rendu 14 fois en cour. J’ai calculé que si j’avais dû payer un avocat, j’en aurai eu pour plus 50 000$.» Quasiment le salaire moyen québécois. Pendant ce temps, sa conjointe bénéficiait de l’aide juridique. Une nécessité dans sa situation, mais qui induit une différence de poids. Dans certaines circonstances, Jérôme fera appel à une avocate criminelle pour le représenter, notamment durant les allégations d’attouchements.

Avec beaucoup de patience et de soutien, Jérôme s’est soumis à tous les contrôles de la DPJ et de la cour. «Je me dis qu’il fallait placer l’intérêt de ma fille en premier.» Que ce soit les visites à domicile, les fouilles ou les tests de dépistage aux drogues, le jeune père obtempère… mais autant d’intrusion et de violence psychologique ont des conséquences.

L’emprise de la bataille lui a pris toute son énergie et sa santé. Pendant 2 ans, Jérôme sera incapable de travailler.

Normalité sensible

Aujourd’hui la normalité de la vie de Jérôme est toute relative. Le jugement encadre la garde de la fillette pour les journées classiques, mais dès lors qu’un événement «exceptionnel» (comme les vacances) se produit, tout est chamboulé et prétexte à restreindre les droits de Jérôme.

Le jeune père est maintenant blanchi, mais il est d’une extrême prudence: sa fille ne peut pas jouer dans la ruelle avec les autres enfants, et interdiction de venir chez lui avec des amis. «Je suis un père célibataire, explique-t-il. Je ne peux pas me permettre que des enfants viennent chez moi.»

Chaque année au Québec, une semaine est consacrée à la sensibilisation du rôle du père. Une place qui n’est plus celle du pourvoyeur de la famille, mais celle d’une personne qui s’investit dans la vie de ses enfants. Le Québec connait de grandes avancées en matière d’évolution du droit des pères, mais pour Jérôme comme pour d’autres, il s’agit d’une bataille au quotidien.

Pères séparés est un organisme d’aide aux hommes en instance de séparation avec enfants. Basé à Montréal, il propose des entrevues à tous les Québécois.

Peres-separes.qc.ca

514-254-6120

 

 

 

 

 

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