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Fondé en 1992, Reflet de Société est un magazine d’information et de sensibilisation publié tous les deux mois. Le magazine aborde des phénomènes sociaux tels les gangs de rue, le décrochage, la dépendance à la drogue, à l’alcool et au jeu et nombre d’autres. Reflet de Société se veut sensible aux réalités de chacun. L’objectif est d’apprendre à mieux vivre ensemble en démystifiant les préjugés.
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par Colin McGregor

Des éclats de lumières provenant d’une petite lampe de lecture en métal jettent des ombres sur le pêle-mêle d’une chambre en fouillis. L’air y est chaud et dense.
Un homme, habituellement impeccable, toujours bien coiffé, est couché dans son lit, les cheveux en désordre, regardant distraitement la télévision. Une couverture cache un sac attaché à son abdomen.

« Maudite vie, Colin, me dit-il. Maudite, maudite vie, j’étais pourtant si près…»

Après de longues, très longues heures derrière les barreaux, il était rendu sur le seuil de la porte, tout proche de la sortie. Nous sommes dans une installation à sécurité minimale. Son espace de vie consiste en une pièce aux murs de carton plutôt qu’une cellule en parpaings, avec un vrai lit et non pas un lit de camp en ferraille. Il a un droit d’accès à la cuisine, et aussi à une petite allocation pour s’acheter des produits d’épicerie toutes les semaines. Il a des permissions de sorties pour aller voir sa famille et aussi se rendre utile à la communauté. Il pensait que la prochaine fois qu’il se retrouverait devant la commission des libérations conditionnelles, ce serait le bon jour… La délivrance …

Mais un jour on remarque du sang à des endroits où le sang n’est pas censé apparaître ; son énergie s’écroule et des douleurs suivent. Il fait des allers-retours à l’hôpital ; et maintenant, une semaine dans l’obscurité, des repas non consommés et la télé.  « Je leur ai pourtant dit; laissez tomber les tests médicaux ! »  me lance-t-il. «Je dois passer la fin de semaine avec ma femme.»  « Les tests sont importants », répliqué-je.  « Qu’est-ce que ça peut bien faire, ce que j’ai ? » Je tente une réponse, mais il a raison. « Il y a un hot-dog barbecue demain dans la cour. Peut-être que si je peux m’y rendre en fauteuil roulant pour déjeuner demain, je peux… »

Je regarde tout autour. Il y a une assiette de chips non grignotées sur le bureau. La chambre sent la malpropreté. Ses colocataires essayent de l’aider, mais c’est un homme orgueilleux. Et il obtient peu de collaboration des autres visiteurs. Dans son environnement entassé, il s’emporte facilement. Personne n’est à son meilleur quand on atteint le pire.Je me lève pour partir.  « Tu passeras au travers… As-tu besoin de quelque chose ? » lui dis-je. « Non. Tu es un homme bon. Merci d’être venu me voir », dit-il.

Je ne suis pas cet homme bon. J’espérais qu’il ne me demande pas de le pousser jusqu’au hot-dog party. Je m’inventais plein d’excuses dans la tête. « Tu devrais venir me visiter », lui dis-je. « Sincèrement».  Puis je m’en vais. Dans les jours suivants, il est envoyé d’urgence à l’hôpital. Deux semaines plus tard, il n’était toujours pas retourné à la prison. Dans la chapelle de la prison, disposée sur un support de lecture, comme ceux où vous pouvez lire la Bible, une grande photo. Je peux l’apercevoir de la porte de la chapelle, mais ma cataracte m’empêche de voir qui c’est. Oh, merde ! C’est ce qu’ils font quand un détenu est mort. J’espère que ce n’est pas l’homme que j’ai visité. Ce n’est pas lui. Mais quelqu’un d’autre que je connaissais. Cette mort n’est pas inattendue – il était malade depuis des années. Sur la photo, ses yeux me ramènent à des souvenirs récents. Je vais voir son ami, un détenu qui l’a accompagné durant les dernières semaines de son déclin. « Il s’en va bien, vous savez. » Il sourit. « À la fin, il était en paix. Il a arrêté de se battre et il est parti tout de suite, dès qu’il a lâché. »

Cette nuit, la chapelle est bondée de détenus et de volontaires civils de l’extérieur. Avant la messe, nous sommes appelés par les aumôniers pour nous souvenir de cet homme qui n’est plus parmi nous. Dans mon esprit, il est aussi absent et aussi présent que l’homme envoyé à l’hôpital. La mort est un transfert comme un autre, à un niveau de sécurité différent. Le défunt, un guitariste, ami de beaucoup de monde, laisse un héritage de bien-être loin de l’ambiance morose qui entoure habituellement la fin de vie.

Quand on enterre quelqu’un, on l’enterre avec ses erreurs aussi, bien souvent. On se souvient pendant le service, à quel point il était merveilleux, peu importe qui il était avant sa mort. Un par un, rangée par rangée, nous sommes appelés à nous souvenir, à offrir une prière ou à ne rien dire. Les éloges les plus chaleureux proviennent de ceux qui n’ont pas vraiment connu l’homme. Un détenu change l’ambiance avec une chanson spontanée. Celui qui était assis à son chevet parle de paix et de guérison, qu’il n’est jamais trop tard. Juste quelques mots marmonnés. On nous dit qu’il avait été déplacé, peu avant la fin, dans un hospice en dehors des murs de la prison. Alors, il n’est pas mort à l’intérieur.On fait jouer une chanson sur la chaîne stéréo, une de celles qu’il aimait. On passe ensuite à la cérémonie religieuse.

De retour vers ma chambre, je fais un arrêt au salon des détenus pour lire une pile de journaux. Dans une copie du Journal de Montréal, un titre sur une page intérieure, en grands caractères gras, hurle en moi. Tous les sans-abris craignent de mourir seuls. Tous les sans-abris ont peur de mourir seuls. C’est un fait, indéniable.

 

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