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S’en sortir et sortir de la rue 

Équipe Reflet de Société Plus

Fondé en 1992, Reflet de Société est un magazine d’information et de sensibilisation publié tous les deux mois. Le magazine aborde des phénomènes sociaux tels les gangs de rue, le décrochage, la dépendance à la drogue, à l’alcool et au jeu et nombre d’autres. Reflet de Société se veut sensible aux réalités de chacun. L’objectif est d’apprendre à mieux vivre ensemble en démystifiant les préjugés.
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Annie Dion-Clément

 Récit de dealer

Un ex-toxicomane nous raconte son cheminement tumultueux à partir de l’adolescence où il a débuté sa consommation, en passant par la période où il s’est retrouvé dans la rue jusqu’à aujourd’hui, à l’aube de ses 30 ans. Regard sur la drogue par un ex-toxicomane.

Marqué de plusieurs tatouages, avec son regard vif et son grand sourire, Victor (prénom fictif) raconte avec émotion comment il a débuté dans l’univers de la drogue. Il se souvient que c’est à l’âge de 12 ans qu’il prend sa première bouffée de marijuana.

Un moyen pour lui de contrôler ses émotions: «La drogue est une fuite pour oublier la réalité», explique-t-il.

 Vide affectif

La nuit, Victor prépare ses petits sacs d’une demi-once pour les vendre le lendemain à l’école. Son stock est bon et il devient rapidement un bon vendeur. Ceci engendre de la jalousie auprès de ses concurrents et fait en sorte que plusieurs personnes le surveillent. Des étudiants de l’école le dénoncent; les surveillants et la police qui travaillent en collaboration finissent par l’arrêter un matin.

Lui a l’impression d’être seul et d’avoir le monde pour ennemi: «J’étais presque paranoïaque», conclut-il.

Une fois dans un centre de détention pour jeunes, Victor apprend  qu’on le surveille depuis un an et qu’il existe plus de 150 vidéos où on le voit faire du trafic de drogues. Il écope d’un casier judiciaire pour possession de drogues et, conséquemment de l’interdiction d’aller aux États-Unis jusqu’en 2020.

À sa sortie, l’école où il étudiait organise dans l’auditorium, devant tous les étudiants et les parents, une projection de certaines vidéos de lui le montrant qui s’adonne à ses activités criminelles. Il est par la suite renvoyé.

Au total, six écoles le mettent à la porte. Partout où il passe, les professeurs l’excluent et ne le considèrent pas. Ils le jugent et certains lui disent même qu’il est un poison pour la société. Il arrive tout de même à terminer son cinquième secondaire et à entreprendre des études au niveau collégial.

Mais, peu de temps après, il retombe dans la drogue pour payer ses dettes: «C’est une erreur de retourner constamment vers la vente de drogues pour s’en sortir, parce que tu ne fais pas d’argent. Plus tu vends, plus tu consommes et ça devient une spirale infernale.»

 La rue

Victor se retrouve finalement dans la rue pendant environ 6 ans: «C’est la débauche parce que tu trouves de tout dans la rue. La violence, l’alcool, le sexe et la drogue font partie de ton quotidien. Ce sont des moments difficiles.»

Il explique qu’il en est arrivé là parce qu’il ne pouvait gérer sa haine de lui-même . Il voulait se détruire: «J’ai pendant longtemps été en guerre contre moi-même. Mais à un certain moment, j’ai voulu changer de vie».

 Famille en crise

Avec le recul, il fait un parallèle entre sa consommation de drogues et son environnement familial dysfonctionnel. Jeune, il éprouve des problèmes affectifs. Il se sent délaissé par son père, un homme au tempérament changeant et complexe qui ne lui témoigne aucun intérêt.

Lorsque ce dernier quitte le foyer, sa mère devient monoparentale. Rapidement, un beau-père fait son entrée dans la maison et tente de lui imposer son autorité et ses règles. Il évite les discussions et s’isole de plus en plus.

Les premières fois où il est surpris avec de la drogue, sa mère et son beau-père le battent et l’attachent au lit avant de le dénoncer à la police. Souvent, ils conservent une partie de la drogue et en consomment: «C’était vraiment hypocrite de leur part. Cette façon d’agir ne faisait qu’empirer notre relation. J’étais de plus en plus rebelle et je repoussais constamment les limites.»

N’ayant pas véritablement de père, il veut fuir et cherche des modèles chez d’autres hommes; notamment les gangsters. Victor regarde des films, la télévision, et rêve d’être l’un d’eux. Il est fasciné par leur image et leur force. La drogue s’inscrit dans son cheminement pour correspondre à cette image.

L’attention que Victor obtient en étant dealer vient en quelque sorte guérir la souffrance que provoque chez lui l’indifférence de son père: «La vente permet d’avoir du pouvoir parce que tu es populaire. Tu incarnes la désobéissance et beaucoup de gens te craignent et t’admirent à la fois. Tu ne passes pas inaperçu», dit-il.

 Retour sur le passé

Aujourd’hui, il constate qu’il a fait beaucoup d’erreurs irréparables: «Les actions que tu poses sont permanentes. Si tu prends de la drogue, ça peut assombrir ta vie et tu peux avoir de graves problèmes.»

Il croit cependant que personne n’est parfait. L’adolescence est, selon lui, une période pour explorer et parfois faire des choses interdites de manière à s’opposer à ses parents et à s’affirmer. «On apprend à se connaître à travers les erreurs qu’on fait.»

Selon Victor, il est inutile d’aborder la drogue auprès des jeunes en leur faisant peur. Il faut tout simplement les renseigner sur les conséquences néfastes qu’elle peut avoir à long terme sur leur vie. «Si un jeune veut tenter l’expérience, il en prendra. Il faut l’accompagner et ne pas le juger. C’est l’amour qu’on donne aux jeunes qui les aide à s’en sortir», explique-t-il.

Maintenant, il se pardonne et accepte son passé: «J’ai un parcours original avec des hauts et des bas. Je ne cherche plus à m’associer à une image de gangster. Je veux être moi-même et faire le bien.»

Victor est devenu un artiste graffeur payé pour ses œuvres, et qui malgré son corps recouvert de tatouages, trouve sa place dans les écoles pour apprendre aux jeunes le dessin et le graffiti.

Victor aime s’exprimer à travers les arts, qui ont pris une place considérable dans sa vie. Ils ont agi comme un processus thérapeutique l’ayant mené à mettre un terme à sa consommation de drogues.

«Mais j’aime ma vie d’adrénaline», dit-il. Le jeune homme continue de s’intégrer dans notre société tout en conservant sa touche de marginalité.

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